Le rapprochement entre le Mali et l’Algérie : vers une recomposition des équilibres d’influence au Sahel ?

Par Mohamed Ould Oumar

La décision du Mali et de l’Algérie de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir leur espace aérien ne constitue pas un simple geste protocolaire.

Elle marque une évolution aux implications stratégiques, à un moment où le Sahel connaît une profonde recomposition des rapports de force régionaux et internationaux.

Depuis l’arrivée du Conseil militaire au pouvoir à Bamako, le Mali a engagé une révision de ses alliances traditionnelles. Le pays a redéfini sa doctrine sécuritaire autour de la restauration de la souveraineté nationale et de la réduction de sa dépendance à l’égard des partenaires occidentaux.

Cette orientation s’est traduite par un renforcement de la coopération avec de nouveaux partenaires sécuritaires et par son engagement au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), aux côtés du Burkina Faso et du Niger.

Ces évolutions ont profondément modifié l’environnement politique et sécuritaire de la région.

Un nouveau contexte pour l’Algérie

Face à ces mutations, l’Algérie s’est retrouvée confrontée à une nouvelle réalité. Le rôle qu’elle a longtemps joué, notamment à travers sa médiation politique et le parrainage de l’Accord d’Alger de 2015, s’est progressivement affaibli sous l’effet des transformations internes au Mali et de la dégradation des relations bilatérales.

La décision des autorités maliennes de considérer cet accord comme inadapté dans sa forme actuelle a accentué les divergences entre les deux pays.

La crise provoquée par l’affaire du drone en avril 2025 a ensuite aggravé les tensions, conduisant les relations bilatérales à leur niveau le plus bas.

Le réalisme des intérêts

En diplomatie, les intérêts priment sur les émotions. L’Algérie est pleinement consciente que la sécurité de sa longue frontière méridionale dépend directement de la stabilité du Mali.

Le maintien d’une rupture durable aurait également offert davantage d’espace à d’autres puissances régionales et internationales pour renforcer leur influence au Sahel.

De son côté, Bamako semble considérer que le rapprochement avec Alger n’est pas incompatible avec ses nouveaux partenariats. Il lui permet au contraire d’élargir sa marge de manœuvre diplomatique et d’atténuer les effets de la polarisation régionale.

Cette reprise du dialogue traduit ainsi une conviction partagée : gérer les différends coûte moins cher que les laisser s’envenimer, dans un contexte marqué par la persistance des menaces sécuritaires, l’expansion des groupes armés et des défis économiques qui exigent une coopération renforcée dans les domaines du transport, du commerce et de la sécurisation des frontières.

Des répercussions régionales et internationales

À l’échelle régionale, ce rapprochement envoie plusieurs messages. D’abord, il montre que l’Alliance des États du Sahel ne cherche pas nécessairement à rompre avec l’ensemble des acteurs traditionnels, mais plutôt à redéfinir les relations sur la base de l’égalité et du respect de la souveraineté des États.

Ensuite, il confirme que l’Algérie conserve d’importants leviers diplomatiques susceptibles de lui permettre de retrouver une partie de son influence dans les dossiers sahéliens, à condition de s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques.

Sur le plan international, les grandes puissances suivront probablement cette évolution avec attention. Elle pourrait avoir des conséquences sur les dispositifs de sécurité régionale ainsi que sur les mécanismes de coopération en matière de lutte contre le terrorisme, la migration irrégulière et la criminalité transfrontalière.

Une normalisation encore fragile

Il convient toutefois d’éviter toute interprétation excessive de ce rapprochement.

À ce stade, il s’agit davantage d’une reprise des canaux de communication que d’un véritable bouleversement des alliances.

Plusieurs dossiers sensibles demeurent en suspens, notamment l’avenir de l’Accord d’Alger, les relations avec les groupes armés du nord du Mali et les modalités de la coopération sécuritaire aux frontières. L’évolution de ces questions déterminera la capacité des deux pays à transformer l’actuelle phase d’apaisement en un partenariat stratégique durable.

Une nouvelle étape pour le Sahel ?

En définitive, le Mali et l’Algérie semblent entrer dans une nouvelle phase caractérisée par une logique de « gestion des différends plutôt que leur aggravation ». Si les deux parties parviennent à reconstruire progressivement la confiance, ce rapprochement pourrait ouvrir la voie à une nouvelle recomposition des équilibres géopolitiques au Sahel.

À l’inverse, s’il demeure limité à quelques mesures diplomatiques, il ne constituera qu’une trêve dictée par les impératifs du moment, sans modifier en profondeur la carte des influences dans la région.

Traduit de l’arabe par Initiatives News et IA

Source:https://www.miraatelwatan.net/ar/node/2889

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