Lettre ouverte au Président de la République et à l’opinion publiqueÀ propos de la conférence de presse annoncée du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani

À l’approche de la conférence de presse annoncée du Président de la République, il est déjà aisé de prévoir ce qui suivra : un nouveau déferlement de critiques, de procès d’intention et d’attaques personnelles.

Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Ghazouani semble condamné à une contradiction permanente : lorsqu’il garde le silence, son silence est présenté comme une faiblesse ; lorsqu’il s’exprime, ses paroles deviennent aussitôt la cible de critiques virulentes et souvent infondées.

Pour certains, il n’existe manifestement aucune circonstance dans laquelle le Président pourrait avoir raison.

Depuis le début de son premier quinquennat, une nouvelle catégorie « d’opposants », apolitiques et souvent incultes en matière de gouvernance, a fait de la contestation systématique, de l’invective et parfois même de la diffamation un véritable fonds de commerce.

Cette entreprise de dénigrement, entretenue sans relâche sur tous les continents et sur tous les fuseaux horaires, ne vise pas à éclairer le débat public, mais à discréditer l’homme quelles que soient ses décisions.

Durant plus de deux mille jours, j’ai consacré tout mon temps à répondre à ces accusations et à démontrer leur inconsistance.

Cet exercice était souvent facilité par la faiblesse des arguments avancés, par les contradictions de leurs auteurs et par l’écart manifeste entre les leçons qu’ils prétendaient donner et leur propre parcours. Beaucoup compensaient l’absence de démonstration par le bruit, la répétition et l’outrance.

Je n’écris pas aujourd’hui pour défendre le Président

Les services que j’ai rendus à l’État, à la Nation et, le moment venu, au Président lui-même ne m’ont pas toujours valu la reconnaissance que les Mauritaniens et leurs élites auraient pu juger légitime, comme en témoigne notamment l’ouvrage rassemblant les témoignages de cent éminentes personnalités mauritaniennes et internationales.

Bien au contraire, ce dévouement et ce « Ghazouanisme », plus affirmé que celui de certains bénéficiant pourtant de sa proximité et de ses faveurs, m’ont souvent exposé à l’incompréhension, aux privations, au mépris et même à des sanctions et agressions ouvertes ou dissimulées de la part de certains membres de son entourage.Je souhaite simplement partager deux réflexions.

La première tient en une question simple : quand aurait-on voulu que le Président parle ? Était-ce « le temps de la folie » (وقت الجنون), héritage de la décennie précédente et agression de ses affidés ? Était-ce le temps des crises successives — la pandémie de la Covid-19, la guerre en Ukraine – les guerres au Moyen orient – ou encore les complots et magouilles de certains prédécesseurs et de leurs mercenaires ?

Fallait-il qu’il intervienne lorsque les esprits étaient dominés par l’aigreur, la jalousie, la haine et les surenchères ? Ou valait-il mieux attendre le moment où la parole pouvait être utile, apaisée et porteuse de sens ? La sagesse d’un chef d’État ne consiste pas à parler sans cesse, mais à savoir choisir le moment où sa parole éclaire, rassemble et engage.

La seconde réflexion est d’ordre plus général. L’énergie d’un Président, comme celle de tout responsable, se répartit entre trois missions essentielles : réfléchir, parler et agir.Les faits parlent souvent avec plus de force que les discours.Enfin, l’expérience politique enseigne qu’un second mandat constitue souvent le temps de la pleine maturité.

Les institutions sont mieux maîtrisées, les réformes déjà engagées peuvent être approfondies, les résistances s’atténuent et l’expérience acquise permet d’agir avec davantage d’efficacité.Pour conclure, puisque le débat porte aujourd’hui sur la communication présidentielle, je rappellerai les conseils que j’avais formulés directement au Président dès la première année de son mandat. Je les adresse aujourd’hui à nouveau à lui-même, à l’opinion publique et à nos détracteurs communs. Avec le recul, je demeure convaincu que ces recommandations n’ont rien perdu de leur pertinence. L’heure est peut-être venue de les relire à la lumière des faits plutôt qu’à travers le prisme des passions.

Mohamed Ould Mohamed El HacenPrésident-Fondateur de l’Institut 2IRES et de TEBRI Mauritanie10 juilet 2026

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