« La Mahadra, un paravent derrière lequel s’abritent tous les mauritaniens », dixit le directeur des Mahadras et de l’Enseignement Originel

En Mauritanie, pays islamique par excellence, avec une population 100/% musulmane, l’enseignement traditionnel dispensé dans les mahadras est profondément ancré dans la société.

Pour en savoir plus et mettre en exergue  l’importance accordée à l’enseignement coranique et aux mahadras, le Magazine HORIZONS a fait le tour de la question avec Mr Enna Ahmed Maaloum, directeur des Mahadras et de l’Enseignement Originel au Ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel.

D’emblée Mr le directeur a affirmé que la Mahadra, un paravent derrière lequel s’abritent tous les mauritaniens. Elle forme des érudits, des professeurs et des magistrats. Et c’est la Mahadra qui inculque aux jeunes les rudiments de l’enseignement islamique, un enseignement modéré basé sur la tolérance et loin de tous les extrémismes, a-t-il précisé.

La mahadra, poursuit-il c’est la couronne des mauritaniens et un grand motif de fierté pour eux. Et ils ont exprimé ce sentiment à plus d’une occasion.

Les grands érudits issus de la mahadras sont dit-il nos ambassadeurs à l’étranger. Et les exemples sont légion. Parmi les plus célèbres on peut citer Mohamed Mahmoud Ould Tlamid, Abba Ould Khtour, Mjedri Ould Haballa, les frères Meyaba, Sidi Abdoullah Ould El Had Brahim, etc…

Le directeur des Mahadras et de l’Enseignement Originel a affirmé que si les mahadras ont connu un développement qualitatif à l’ère du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, cela n’est pas le fait du hasard et s’explique par le contexte religieux dans lequel il a évolué.

Il a noté que c’est aussi la Mahadra qui abrite la religion et garantit l’unité de la communauté. Elle se caractérise par plusieurs avantages dont la facilité d’accès. Elle n’impose aucune condition. Il n’y a pas de limites d’âge. Elle est gratuite et l’enseignement y est ouvert.

Et le directeur d’ajouter, qu’en Mauritanie, la Mahadra est passé par plusieurs étapes et par des périodes différentes. De ce fait, elle avait besoin d’être organisée. Et il aura fallu attendre la création du Ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel qui aura donné toute son importance à la mahadra avec la mise en place d’un programme et d’un budget dédiés à la promotion de l’enseignement dans les mahadras.

Dans le cadre de la réorganisation de la mahadra il y a eu un cadre juridique et un décret classifiant l’enseignement dans les mahadras en 3 volets à savoir l’enseignement coranique, un enseignement supérieur et un enseignement spécialisé.

Cette classification repose sur des critères en dehors desquels on ne peut pas parler de mahadra.

Selon Mr Enna, la mahadra connait actuellement un développement remarquable et un dynamisme nouveau grâce à Allah et à l’importance accordée par le Président de la République Son Excellence Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cet intérêt renouvelé, souligne le directeur a impacté le développement quantitatif et qualitatif des mahadras. Cela est ajoute le directeur, inscrit dans le programme électoral du Président et le Premier ministre l’a aussi rappelé dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement. Et les directives émanant de ce programme sont appliquées à la lettre par le Ministre des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel.

Un regain d’intéret pour l’enseignement originel

Cette importance accordée à la mahadra, souligne le directeur, a été couronnée par la création du Prix du Président de la République pour la mémorisation et la récitation du Saint Coran (« Moutoune El Mahdhara »). Ce prix a, dit-il permis de promouvoir le livre saint. Cette initiative qui a été largement salué a permis une saine émulation au sein des étudiants du coran pour remporter le prix.

Ainsi, l’enseignement coranique connait aujourd’hui un bon quantitatif et qualitatif. On compte actuellement en Mauritanie 10.754 Mahadras officiellement enregistrées. Elles sont classées selon les critères susmentionnés.

Quant au nombre d’étudiants, il s’élève selon le dernier recensement à 247.652.

Parlant de l’appui accordé par l’Etat, le directeur a rappelé que la mahadra est à l’origine une entité qui se caractérise par un engagement humanitaire et volontaire de son initiateur. Mais ce travail humanitaire est apprécié à sa juste valeur par l’Etat qui l’appui et l’encourage.

Ainsi, à la fin de l’année 2025, une aide mensuelle a été accordée à 2034 Cheikhs de mahadras. Cette aide a bénéficié aussi bien aux enseignants des mahadras récemment crées par le ministère qu’aux autres.

Il y a eu également une aide annuelle de la part de l’Etat, qui a bénéficié à 3000 Mahadras primaires.

Le directeur a également affirmé, qu’en vue de généraliser le service fourni par les mahadras, beaucoup de nouvelles écoles coraniques ont été ouvertes dans les zones déshéritées les plus reculées, des zones en général dépourvues d’écoles modernes.

Cette approche a été saluée par les parents d’élèves et beaucoup en ont profité dans les « Adwabas ». Parmi ce modèle de mahadras créés un peu partout en Mauritanie, on peut citer en guise d’exemple, Parmi ces écoles coraniques établies dans tout le pays, nous mentionnons, par exemple  au Gorgol, p :Adabaï Pol 2, quartier 310 à Kaédi, Kaédi-ville, Foum Legleita, Sabhalé, Ahsi Anmadi, Monguel, Mbout, Hsey Nmadi, à Monguel, Debaye Rgouga..

Et dans la région de Guidimaka, par exemple : École coranique Ajar Kambel à Selibabi, et les écoles coraniques de la ville de Selibabi, Leweina, et Jokontoro  et à Ghabou.

Et au Brakna, par exemple : Adbaï Rokoka, le regroupement de Bourat, Charket Mowka, Waboundé…

Et sur la bande frontalière, on peut citer parmi ses exemples dans la région de l’Assaba, par exemple : Adabaï Meisah, Oum Chgag, Timicha, Worti, et Mésiel Nakhla…

Et dans le Hodh El Gharbi, on peut citer, entre autres : Medbougou El Far’a, Arghaghine, Adabaï Ass, et Taly Lakhdhar…

Au Hodh Charghi, on a :Adel Bagrou, Amourj : (Adabai Talha, Oum Acheich, Ehel Abdel Jabbar, Denka, et Lemhaikmat…

Cela en plus de la création de mahadras dans les villes du patrimoine et de nombreuses mahadras au Tagant.

Dans le nord de la Mauritanie, des écoles coraniques ont été créées à Bir Moghrein, Zouérate, et Atar (Ain Savra, Irich…), en plus du soutien accordé à de nombreuses écoles coraniques au Trarza et à beaucoup d’écoles coraniques de Nouakchott, en se concentrant sur les zones les moins favorisées en matière d’éducation.

Ces mahadras sont notamment implantées sur la ligne frontalière et dans les zones les plus défavorisées.

Répondant à la question de savoir si l’ouverture d’une mahadra nécessite une autorisation légale des autorités, le directeur a affirmé que c’est l’aspect humanitaire de la mahadra qui prime mais souligne la nécessité de déclarer aux autorités la création de toute entité afin d’être identifié.

Vers la modernisation et l’intégration de l’enseignement dans les mahadras

Dans le but de moderniser le contenu des mahadras un décret officiel a été promulgué récemment, dans le but d’intégrer les étudiants des mahadras dans l’enseignement formel. C’est le décret « Med El Joussour » (Établir des ponts). Un travail dans ce sens est enclenché entre le ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel et le ministère de l’Education nationale et de la Réforme du Système Educatif.

C’est ainsi que dans les zones reculées où il n’y a pas d’écoles les enseignants des mahadras créées par le ministère, ont pour instruction de dispenser des cours dans des matières comme le Calcul, l’Instruction civique, la santé…

Ces mahadras font l’objet d’un suivi particulier. Des contrats CDD sont conclus au profit de récitateurs du coran sortants des mahadras et avec des cheikhs. Ces mahadras sont aussi l’objet d’un travail de suivi-évaluation.

Le directeur a révélé qu’actuellement, les autorités envisagent de créer des cycles pour l’enseignement originel. Il s’agit d’une nouvelle orientation tendant à mieux développer ce type d’enseignement.

En ce qui concerne l’accès des étudiants des écoles coraniques au marché du travail, le directeur a indiqué que l’État ouvre des perspectives prometteuses aux diplômés des écoles coraniques, des instituts et des universités islamiques, notamment par la création de filières à l’Institut supérieur des études et recherches islamiques telles que : les médias, l’économie islamique, la justice et les cas de jurisprudence, ainsi que la création du Conseil supérieur des fatwas et des recours gracieux dédié aux savants, la création de l’Université des sciences islamiques d’Aioune, la grande université coranique à Akjoujt, en plus de l’Association des savants mauritaniens, de la Maison du Saint Coran, et d’autres opportunités.

L’État a également créé des instituts régionaux pour former les étudiants des écoles coraniques et les préparer à obtenir le baccalauréat de l’enseignement originel.

Le directeur a également précisé qu’en matière de formation professionnelle, l’État a créé un institut de formation professionnelle pour les élèves des écoles coraniques, qui accueille les élèves ayant quitté ces écoles et les forme dans des domaines leur permettant d’accéder au marché du travail, notamment dans les domaines suivants : la soudure, l’électricité, la mécanique, la menuiserie, l’informatique, la couture.

Par Bakari Gueye

Source : Magazine HORIZONS

Loading

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *