Par Ahmed Mohamed Hamada Écrivain et analyste politique
À la lumière de la conférence de presse tenue ce soir à Nouakchott par plusieurs membres du gouvernement, la Mauritanie semble entrer dans une nouvelle phase de gestion prudente d’une crise énergétique mondiale en pleine expansion, aux répercussions de plus en plus marquées. Au-delà d’un simple exposé technique, cette rencontre a révélé les contours d’un discours officiel visant à préparer l’opinion à une période caractérisée par une pression accrue sur les ressources et la nécessité de s’adapter à un environnement international instable.Le message central porté par les ministres — en charge de l’Économie, de l’Énergie et de la Communication — est clair : la situation actuelle dépasse le cadre des fluctuations conjoncturelles pour s’inscrire dans des mutations profondes du marché mondial de l’énergie, largement influencées par des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la hausse des prix n’est plus une éventualité, mais une réalité tangible qui s’impose à l’ensemble des économies, en particulier celles, comme la Mauritanie, dépendantes de l’importation de produits pétroliers raffinés.Les données présentées lors de la conférence illustrent l’ampleur du défi. L’écart significatif entre les prix internationaux et les prix appliqués localement reflète une politique de subvention coûteuse, assumée par l’État pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Si cette orientation se justifie socialement, elle exerce néanmoins une pression croissante sur les finances publiques, d’autant plus que la tendance haussière des prix se confirme. Le coût du soutien au gaz domestique, chiffré à plusieurs dizaines de milliards d’ouguiyas, témoigne d’un rétrécissement progressif des marges de manœuvre budgétaires.Dans ce contexte contraint, le gouvernement semble s’orienter vers une révision pragmatique de ses priorités de développement. Il ne paraît plus envisageable de maintenir le même rythme d’investissement sans tenir compte des mutations internationales en cours. L’accent est désormais mis sur la sécurisation de l’approvisionnement des marchés, la stabilité des produits essentiels et le maintien des mécanismes de soutien aux biens de première nécessité, afin de protéger le pouvoir d’achat. Cela pourrait impliquer le report, la reprogrammation, voire l’abandon temporaire de certains projets de développement, si les impératifs de stabilité économique et sociale l’exigent.Parallèlement, un appel explicite à la sobriété énergétique a été lancé, invitant les citoyens à limiter les déplacements non essentiels et à adopter des comportements plus économes. Cette orientation traduit une évolution de l’approche publique, qui ne repose plus uniquement sur l’intervention de l’État, mais intègre désormais une dimension de responsabilité partagée.La décision d’interdire l’usage des véhicules administratifs tout-terrain s’inscrit, quant à elle, dans une logique à la fois symbolique et opérationnelle. Au-delà de son impact direct sur la consommation de carburant, elle vise à instaurer une cohérence entre le discours et l’action, en montrant que l’effort de rationalisation concerne également les institutions publiques. Elle participe d’une dynamique plus large de maîtrise des dépenses et d’amélioration de la gouvernance, dans un contexte où les risques pesant sur le budget et sur la mise en œuvre des projets de développement se font plus pressants.Dans la recherche de marges d’économie supplémentaires, plusieurs pistes se dessinent : la réduction des déplacements des membres du gouvernement et des hauts responsables aux seuls impératifs indispensables, le recours accru aux solutions numériques, la suspension temporaire des manifestations et événements coûteux, ainsi que la réévaluation des missions officielles à l’étranger afin d’en limiter le coût et d’en renforcer la pertinence. De même, une meilleure maîtrise des dépenses de fonctionnement, notamment en matière de consommation énergétique et de logistique administrative, apparaît comme un levier nécessaire. Cumulées, ces mesures peuvent contribuer à atténuer la pression sur les finances publiques et à préserver les dispositifs de soutien en faveur des populations les plus vulnérables.Malgré les assurances données quant à la disponibilité des produits essentiels et à l’existence de stocks suffisants pour plusieurs mois, le discours officiel n’élude pas les incertitudes liées à la conjoncture internationale. Le problème n’est pas celui de l’offre, mais bien celui du coût, largement déterminé par des facteurs exogènes sur lesquels l’action nationale reste limitée.En définitive, la conférence de ce soir marque une prise de conscience au sommet de l’État quant à l’ampleur des défis à venir. Elle traduit la volonté de trouver un équilibre délicat entre impératifs de stabilité sociale et exigences de discipline budgétaire. Mais au-delà des mesures immédiates, c’est la question des choix stratégiques qui s’impose : jusqu’à quel point la Mauritanie peut-elle continuer à dépendre d’un modèle énergétique fortement tributaire de l’extérieur, sans engager, à moyen et long terme, une diversification de ses sources et un renforcement de son autonomie ?C’est là une véritable épreuve de résilience, non seulement pour l’action publique, mais aussi pour la société dans son ensemble, appelée à s’adapter à un monde désormais plus incertain et plus complexe.
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