Dans le cadre des activités commémoratives de la Journée internationale des droits des femmes, Speak Up Africa en partenarat avec Gawani Africa, Africa Center for Health Systems and Gender Justice et Youterus a organisé aujourd’hui un Webinaire sous le thème: « Promouvoir le leadership des femmes dans la recherche et le développement (R&D) en matière de santé en Afrique : de la politique à l’action».
Dans son mot d’ouverture, Fara Ndiaye, directrice générale adjointe de Speak Up Africa a rappelé l’importance de cette journée considérée comme un moment mondial pour reconnaître le leadership des femmes, lutter contre les inégalités structurelles et accélérer les actions en faveur de l’égalité des sexes.
Elle a lancé un appel à l’action notamment dans le domaine de la recherche et du développement (R&D) en matière de santé, où les femmes scientifiques et innovatrices jouent un rôle essentiel dans l’amélioration des indicateurs de santé publique, mais restent sous-représentées aux postes de direction, dans l’accès au financement, dans les espaces de définition des priorités et dans les processus décisionnels.
Promouvoir le développement de la carrière scientifique des jeunes femmes
Présentant l’institut Pasteur de Dakar où des femmes jouent un rôle important, Dr Socé a affirmé qu’il est composé d’une équipe multidisciplinaire composée de 54 scientifiques qui travaillent sur tout le spectre de la recherche.
Au niveau de l’institut, des initiatives de formation ont été lancées pour encourager les jeunes femmes à s’intéresser au secteur de la biogénique et bien d’autres secteurs scientifiques ou ainsi promouvoir les femmes dans ce domaine de la recherche car l’avenir du leadership scientifique africain dépendra de l’intérêt que les femmes les jeunes femmes accordent à ces secteurs.
Mais la formation ne sera pas suffisante et au-delà de la formation, il faut créer un itinéraire très clair qui permettra à la femme d’assurer les rôles de leadership à savoir la participation à la recherche, la collaboration dans les réseaux internationaux scientifiques. En effet, les femmes après avoir été formé et si elles jouent des rôles au niveau de leadership, elles pourront apporter des contributions plus significatives.
S’agissant de la promotion des jeunes femmes scientifiques, note le Dr Socé, nous avons pour cela au niveau de l’Institut Pasteur, une initiative appropriée pour promouvoir le développement de la carrière scientifique des jeunes dames, à travers un programme de mentorat, un programme de l’échelle et de développement professionnel.
Ces opportunités sont destinées aux femmes à travers toutes les institutions.
L’objectif étant de permettre aux femmes de surmonter les barrières structurelles auxquelles elles font face dans les environnements de travail et il faut donc créer un environnement qui permet à chacun de pouvoir s’épanouir et prospérer dans sa carrière.
Cette présentation de l’institut Pasteur a été suivie par le grand Panel : « Promouvoir le leadership des femmes dans la recherche et le développement en matière de santé : des engagements politiques à l’action. »
Cette discussion fut axée autour de quatre piliers : changement politique, investissement, innovation et réglementation.
Ce panel de haut niveau a exploré la manière dont l’Afrique peut aller de l’engagement politique aux actions concrètes dans le domaine du renforcement concret du leadership féminin.
Les quatre piliers susmentionnés sont indispensables à la création de cet environnement propice qui devrait permettre aux femmes scientifiques de jouer un rôle de leadership de premier plan.
Le panel modéré par Dr Fatou Wurie, fondatrice et PDG de Youterus était composé de Dr Delese Mimi Darko, directrice générale de l’Agence médicale africaine (AMA), du Dr Stellah Bosire, directrice exécutive du Centre africain pour les systèmes de santé et la justice de genre, du Professeure Coumba Toure Kane, professeure à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, chercheuse spécialisée en microbiologie et virologie des maladies infectieuses,Championne AVoS et de la Professeure Nothando Ngwenya, Responsable académique (Éducation et formation), de l’Institut africain de recherche en santé, Championne AVoS.
A noter que l’AMA joue un rôle pivot fondamental dans l’harmonisation des cadres réglementaires à travers les pays africains et elle est un vecteur important de l’accélération de la recherche clinique et de l’innovation dans le secteur de la santé sur le continent africain.
Son rôle de leadership a été indispensable en ce sens qu’elle a travaillé à renforcer la capacité de leadership sur le continent africain et dans le domaine de la recherche et du développement.
Selon le Dr Stellah Bosire, le Centre africain pour les systèmes de santé et la justice de genre, œuvre pour s’assurer que les voix des femmes sont prises en compte et sont intégrées dans la conception des programmes et des politiques.
Passer des engagements politiques à l’action concrète
Les différents panélistes ont décortiqué la question de savoir comment l’Afrique peut évoluer de la politique vers des actions concrètes en termes de renforcement des capacités, des femmes et aussi de renforcement de la Recherche et du Développement.
Ils ont mis en exergue les opportunités qui existent pour la création d’un écosystème plus inclusif pour la recherche des politiques d’investissement, les systèmes d’innovation et les cadres réglementaires.
L’une des questions clés est de savoir comment s’assurer que les femmes scientifiques, les chercheuses innovateurs fassent partie intégrante de cet écosystème de manufacture, de fabrication de médicaments sur le continent africain.
Il s’agit par ailleurs de s’assurer de renforcer les besoins d’harmoniser les besoins pour s’assurer que les exigences sont pareilles d’un pays à l’autre et que les différentes politiques de différents pays sont alignés et convergent.
C’est ce qui permet de passer de l’innovation à la fabrication.
Ainsi, au niveau de l’AMA note sa directrice, notre rôle c’est de faire en sorte que cette réalité se concrétise et nous avons 25 États membres et nous voulons faire en sorte que les vaccins soient disponibles sur le continent et décider quel pays peut fabriquer des vaccins spécifiques.
Après cela, il faut savoir faire le suivi de la qualité de ces vaccins sur le continent.
Nous voulons faire en sorte et que nous disposions d’une base de données sur les pays qui nous permet de recueillir des informations d’un pays à l’autre et c’est ça le plan de la recherche.
Faire en sorte que les normes en matière de recherche soient identiques d’un pays à l’autre et également qu’elles soient en phase avec les normes en place dans les pays développés.
Du point de vue de ces recherches, note Dr Delese Mimi Darko il s’agit de savoir que nous avons de nombreuses femmes qui sont des chercheurs de haut niveau.
Donc nous avons les idées et le savoir-faire qu’il faut et je me rappelle que lorsque je commençais mon ancien rôle, nous avions 20 à 30% dans de femmes dans le secteur de la science et je vais délibérément mener des actions pour augmenter la représentation des femmes dans le secteur scientifique et de la recherche, a-t-elle assuré.
Elle a conclu son propos par ces mots : « Nous devons faire tout ce qu’il faut pour et créer des opportunités pour les femmes pour les femmes innovatrices pour leur donner un rôle de premier plan dans la recherche sur le continent. »
Le Professeure Coumba Touré Kane a parlé des obstacles multiples dont les charges de responsabilité familiales qui pèsent sur les femmes scientifiques leaders.
Elle a évoqué les stéréotypes négatifs, affirmant qu’il faut que la femme qui veut faire la carrière scientifique puisse les traduire en opportunité.
Et ce, en se fixant des objectifs clairs et en ayant une ambition et avoir confiance en soi, le premier élément que la femme scientifique doit avoir.
Selon elle, les Africains doivent vraiment prendre cette problématique de la recherche à bras le corps et là les femmes doivent jouer un rôle capital dans cet écosystème.
Donc les femmes doivent être dans un écosystème qui soit favorable à la recherche.
Elles doivent combattre les différentes disparités parce qu’il y en a beaucoup entre hommes et femmes. Il faut aussi, ajoute-t-elle, mettre en place des stratégies inclusives et soutenir de façon particulière les filles et les femmes qui s’engagent dans la recherche. Et pour cela le mentorat peut jouer un rôle capital pour inverser la tendance. En effet, les mentors vont inspirer les jeunes générations, et vont les encourager.
Elles vont contribuer de façon positive à ce que la femme soit au-devant de la de la recherche et puisse apporter sa contribution de façon significative à aux problématiques qui se posent.
Mais poursuit le professeur, les mentors doivent également jouer un autre rôle. C’est le rôle de plaidoyer au niveau national pour qu’il y ait des mesures incitatives pour toutes les femmes et les jeunes filles qui vont embrasser la carrière de la recherche. Les états africains c’étaient engagés pour mettre 1% de leur PIB mais de façon globale, on est à moins de 0,5%.
Alors que les pays du Nord sont à plus de 1,5%, voire certains qui sont à plus de 2%.
Selon le Professeur Nothando Ngwenya beaucoup de femmes bénéficient de formations mais très peu d’entre elles arrivent à entrer dans les champs de la recherche.
Pour elle, il faut plus de la sensibilisation et il est important dit-elle de savoir comment encourager les femmes, comment les appuyer à l’échelle de leur carrière durant tout le parcours.
Donc il est vraiment important de le donner dès le départ des opportunités mais également d’identifier les obstacles.
Il convient en fait selon le professeur Nothando d’identifier les opportunités en matière de recherche pour que lorsque les femmes arrivent en milieu de carrière, on puisse comprendre davantage l’importance du mentorat.
Sans cette approche, il est difficile d’aller plus loin, a-t-elle noté.
Il faut dit-elle de la transparence et il faut tenir compte de la dimension de genre dans toutes les interventions que ça soit au niveau des systèmes de financement pour permettre aux femmes de jouer leur partition.
Le principal challenge c’est de renforcer les capacités scientifiques du continent pour améliorer ses résultats en matière de santé.
Dr Stellah Bosire qui joué un rôle fondamental surtout pour avoir piloté le travail de recherche et développement dans domaine de la santé a quant à elle parlé des barrières structurelles à la lumière des résultats de ses recherches au Kenya et ailleurs.
C’est, affirme-t-elle un problème d’ordre structurel allant de l’éducation, de la formation jusqu’au plan de carrière et sans oublier l’accès équitable au système de service et l’éducation à la santé.
Selon elle, les femmes et les jeunes filles peuvent aujourd’hui faire des carrières dans le domaine de la recherche clinique, la technologie etc., mais il y a un écart énorme de lacunes à combler.
Dr Stellah Bosire a aussi abordé dans son intervention les barrières socio-économiques qui entravent l’éclosion du leadership féminin.
Les femmes en général ont des responsabilités en matière de prise en charge des enfants de soins aux enfants….
Parfois il faut qu’elle choisisse d’assumer son rôle de mère ou poursuivre sa carrière et lorsqu’elle choisit la carrière la famille va en partir.
Malgré tous les obstacles qui se dressent encore devant le leadership féminin, des mesures positives sont en train d’être prises à l’échelle du continent.
Mais, pour changer la donne il faut une collaboration continue entre les pouvoirs publics, les chercheurs les partenaires et il faut être le plus inclusif possible, note ce panéliste.
Bakari Gueye
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