Centre Teranim : Conférence sur la Sîra Al Nabawiya dans l’imaginaire populaire mauritanien

Le Centre Teranim pour les Arts populaires a organisé, mardi 10 mars 2026, à la salle de conférences de la FFRIM, à Nouakchott, une conférence sur la Sîra Al Nabawiya dans l’imaginaire populaire mauritanien. Cette conférence est organisé en prélude à la treizième édition du Festival “Leyali El-Medh”, qui débutera jeudi 12 mars, à partir de 23 heures 30, au stade Chekha Boydiya de Nouakchott.

La rencontre scientifique avait pour objectif d’explorer un ensemble d’idées et de problématiques relatives à la présence de la biographie du Prophète (Sîra) dans la conscience et l’imaginaire populaires. Elle visait également à mettre en lumière la place qu’occupe ce chant de louange sacré. Chant profondément présent dans la mémoire collective et le paysage culturel, unifiant les ethnies autour de la figure du Prophète, (paix et salut sur Lui).

Dans son intervention, le faqih Derdiri Ould Baba Ould Maata a salué les efforts du Centre Teranim, soulignant la pertinence du sujet débattu. « La biographie du Prophète qui englobe l’ensemble de ses paroles, ses actes et mœurs.» Il a par la suite évoqué la place de cette Sira dans la culture populaire, notamment dans les chants qui constituent une expression de l’amour et de l’attachement au Prophète. Cet art, ajoute-t- il, a constitué au fil du temps un moyen privilégié de s’adonner à la Sira et d’en faire revivre les significations au sein de l’imaginaire collectif mauritanien. Il a, par ailleurs, appelé à une relecture critique des textes narrant la vie du Prophète, afin de les purifier des altérations et des éléments apocryphes qui s’y sont introduits au fil du temps. M. Ould Maata a enfin insisté sur la nécessité de consigner et de documenter ce patrimoine culturel et spirituel afin de le préserver de l’oubli et de la disparition.

Pour sa part, Dr Fatima Abdel wahab, chercheuse, a consacré son intervention à la thématique de la Sîra du Prophète entre histoire et imaginaire. Elle a évoqué les conditions historiques de l’enracinement de l’islam dans l’espace mauritanien, porté principalement par le commerce transsaharien. Selon elle, ce mode d’expansion a favorisé l’émergence de représentations populaires multiples de la Sira Nabawiya. L’académicienne a illustré son analyse par plusieurs exemples tirés de textes d’éloge prophétique, mettant en évidence les formes d’interaction et d’imbrication entre les éléments historiques et ceux relevant de l’imaginaire dans certains récits populaires. Elle a souligné, à cet égard, le rôle essentiel que joue la culture populaire dans la construction et la transmission de ces représentations, qui posent parfois la question de la concordance entre le discours populaire et les faits historiques.

De son côté, Dr Ahmedou Habibi s’est intéressé, dans son intervention, à l’approche scientifique permettant d’étudier ce domaine. Il a évoqué le rôle fondamental de la culture populaire orale qui, durant des siècles, a constitué le principal vecteur de transmission des savoirs, des valeurs et des traditions au sein des sociétés. Selon lui, cette culture orale a largement contribué à ancrer le récit de la Sîra prophétique dans les formes de louange populaire. Il a ajouté que les études culturelles contemporaines ne font plus de distinction stricte entre la culture savante et la culture populaire, mais les considèrent plutôt comme deux composantes complémentaires permettant de mieux comprendre les phénomènes culturels. Il a également soulevé plusieurs interrogations relatives à la particularité d’El-Medh populaire en Mauritanie, estimant que la préservation de ses spécificités linguistiques constitue un élément essentiel pour maintenir son authenticité culturelle.

Lui succédant, Dr Haroun Ammar Deighby, magistrat, a abordé la relation entre histoire locale et Sîra du Prophète (PSL), en mettant en évidence les différences conceptuelles entre les notions d’ El-Medh, entendu comme l’art traditionnel des louanges du Prophète auquel s’adonne historiquement une frange sociale bien définie) et le « Medih» dans son sens plus large, qui renvoie à différentes formes et expressions de louange.

Il a également souligné le rôle déterminant de l’imaginaire populaire dans la formation et l’évolution des textes composés par les meddahs, ayant fait de ce genre artistique aux caractéristiques bien propres, une expression de consolidation de la cohésion grâce à des chants exhortant à la tolérance et relatant la vie du Prophète PSL.

Le colloque a réuni un parterre de chercheurs et d’acteurs du domaine culturel, dont les échanges et interventions ont contribué à enrichir le débat et à approfondir la réflexion autour de la place de la Sîra du Prophète dans la culture et l’imaginaire populaires.

Le Centre Teranim pour les arts populaires est né en 2024. Son principal objectif : Promouvoir, raviver les chants danses traditionnelles de la Mauritanie.

Le Conseil des ministres a adopté, lors de d’une réunion tenue en avril 2025, un projet de décret portant reconnaissance du Centre Teranim pour les Arts Populaires Association d’utilité publique.

Salem Mori

Source Horizons AMI

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