Editorial : Le parti au pouvoir dans l’œil du cyclone

Les investitures aux élections générales de 2023 annoncées il y a quelques jours par la direction du parti INSAF, le parti au pouvoir ont fait l’effet d’une bombe.

Les contestations ont fusé de toute part, remettant en cause des choix qui ont suscité beaucoup d’interrogations.

Si dans certaines localités le choix des candidats a plus ou moins été conforme aux attentes, dans beaucoup d’autres par contre il a été en porte-à-faux avec tous les pronostics.

Ainsi, au Brakna par exemple, dans la moughataa de Magta Lahjar, la coalition « El Messar dirigée par l’ex ministre des finances Moktar Ould Diaye qui travaille depuis des mois sur le terrain a réussi à réaliser une véritable OPA sur l’ensemble des mairies.

La coalition concurrente à savoir « El Becha’ir » dirigée par l’ex chef d’état-major général de l’armée Mohamed Ould Meguett a eu sa part du gâteau avec entre autres la cooptation de l’homme d’affaires Ould Mounah qui a été reconduit pour briguer le poste de député.

Dans d’autres contrées par contre, et pas les moindres, les investitures ont déjoué tous les pronostics et ont suscité de véritables jacqueries au sein du parti.

En Assaba, région d’origine du président de la République, la contestation a atteint son paroxysme et les choix de INSAF ont été en grande partie remis en cause notamment à Kiffa, Kankossa et Guérou. Ainsi, Jemal Ould Keboud, El Mehdi Ould El Djagli, Mohamed Abdallahi Ould Taleb et Belkheir Ould Barka, respectivement maires sortants de Kiffa,Kankossa, Guérou et président de l’Association Dechra initialement pressenti pour diriger la liste communale, ont rejeté en bloc, ce qu’ils considèrent comme des investitures injustes et pas conformes à l’esprit du parti et à la volonté des militants.

A kiffa par exemple c’est un nouveau venu qui a été parachuté pour briguer la mairie. C’est dit-on un proche du président de la République.

Dans le Nord du pays et précisément à Bir Moghrein, l’éviction du député sortant  Mohamed Salem Ould Noueigued a été vécu comme un électrochoc ; l’homme étant connu pour son soutien jugé appréciable par les populations de cette lointaine contrée.

Dans le Hodh Charghi, principal réservoir électoral et véritable base arrière du président de la République la mise à l’écart des candidats issus du populeux ensemble des Joumanes et notamment du candidat Ould Elati suscite également des interrogations.

Mais c’est à Timbédra, toujours dans le Hodh Charghi que le parti INSAF est allé très loin en mettant à la touche les candidats de la puissante et redoutée famille émirale des Ehel M’haimid dont l’influence dépasse de loin les frontières de la ville de Timbédra.

Né il y a tout juste quelques mois, le parti INSAF a été mis à rude épreuve à travers ce premier test qui suscite une levée de boucliers. La grogne est en tout cas réelle et le mouvement de mécontentement suscité au sein du parti risque bien de faire mouche. En effet, malgré les injonctions de la direction, les candidatures parallèles à celles officielles s’annoncent ça et là et le parti risque de prendre un sacré coup à l’occasion du scrutin qui s’annonce très ouvert.

Bakari Gueye

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