Les prix flambent : «Votre faim, on n’en a cure !»

En Mauritanie,  la flambée des prix ne semble plus indigner grand monde. D’une boutique à l’autre dans une même portion géographique, les prix peuvent changer au gré des humeurs des commerçants sans véritable circonstance économique particulière, à des coûts volatiles et inconsidérés.

Nous allons tenter à travers les lignes qui suivent d’apporter quelques éléments de réponse à cette situation que nous nous proposons d’analyser sous trois axes . D’abord en expliquant les causes profondes à cette perte de pouvoir d’achat. Ensuite, les conséquences aujourd’hui sur la « fracture sociale » observée au sein des populations de plus en plus désabusées et révoltées. Et enfin, apporter quelques pistes de solution pour éviter à notre pays des lendemains sombres et chaotiques, pouvant conduire à des troubles politiques plus graves, si jamais l’hémorragie suscitée par ces prix venait à s’exprimer dans les rues, hors de tout contrôle des autorités de l’État.

 Le secteur du commerce ne connaît aucune régulation sérieuse

Les commerçants se comportent comme des rois et font ce qu’ils veulent devant des autorités complètement absentes et incompétentes. Les caprices des commerçants sont sans commune mesure. Comment expliquer une telle flambée des prix dans un pays où le taux de chômage est à son niveau le plus élevé, sans de véritables politiques sociales permettant d’avoir un revenu minimum de survie ? Pourquoi la hausse des prix ne connaît plus de limites depuis déjà plusieurs mois, alors que la pauvreté continue de déchirer le tissu social ? Quelles conséquences cette flambée des prix induit-elle sur les délinquances observées ces derniers temps, allant de vols, agressions avec violence jusqu’à des tueries les plus abjectes et des disparitions jamais élucidées à ce jour ?

Le sentiment d’insécurité est permanent partout dans le pays. Pourquoi l’État avec sa toute-puissance peine toujours à faire face à ce lobby de commerçants qui ne recule devant rien ?

La classe politiques, du côté du pouvoir comme de l’opposition, est complètement absente sur cette question pourtant vitale pour proposer des solutions urgentes. Elle est certainement préoccupée par des enjeux électoraux ou par des dividendes politiques plus urgents.

Pendant ce temps, le peuple des démunis peine à joindre les deux bouts. Comment se taire devant un tel calvaire des populations qui dure depuis déjà des mois alors que la faim et la soif demandent des réactions urgentes, et des solutions pérennes et rapides, ici et maintenant sans attendre ? Autant d’interrogations qui laissent sans issue le citoyen mauritanien lambda quant aux lendemains incertains qui s’annoncent. Des jours d’après sans espoir d’horizon lumineux.

Les causes profondes à la flambée des prix remontent aux différents régimes qui se sont succédé et qui n’ont jamais pu mettre en application un système de veille et de régulation permettant de contrôler les prix et d’avoir des garde-fous nécessaires encadrant le secteur du commerce.

Un État où la législation a du mal à recenser tous les commerces existants et qui poussent comme des champignons. Un pays où tout le monde prévoit déjà, dès le départ, un coin boutique dans l’architecture de sa maison en construction.

Notre désordre est culturel avant d’être esthétique. Il est impossible de s’assurer d’une quelconque régulation dans ces conditions. Les intérêts des riches commerçants, toujours enclin à augmenter des prix, mus par le seul appât du gain, ne sont pas de nature à soulager les ménages pauvres.

Il y a des solutions ponctuelles qui visent à mettre en place des boutiques avec des denrées accessibles et à moindre coût, pour soulager les ménages les plus pauvres mais aujourd’hui encore, les attentes sont biaisées. Malheureusement, ces solutions ne semblent pas pertinentes. Car ces mêmes produits, acquis après un long fil d’attente interminable, qui, mine de rien, commence avant les premières lueurs du jour jusqu’au zénith de notre soleil de plomb et des rafales de notre harmattan, se retrouvent très vite le long des grandes artères qui relient les quartiers périphériques pour faire office d’un nouveau marché intermédiaire.

Il y a aussi que, malgré toutes les richesses que compte le pays, les politiques économiques menées jusque-là se limitent principalement aux impôts et à des fiscalités drastiques pour renflouer les caisses de l’État, et c’est finalement le pauvre citoyen avec ses maigres ressources qui en paient le prix fort. Alors que nous disposons d’un pays avec des richesses immenses capables de nourrir sa faible population, si jamais la bonne gouvernance était appliquée dans une juste répartition des biens à l’ensemble des citoyens.

Les conséquences à cette flambée des prix sont multiples. Un fonctionnaire, quel que soit son salaire aujourd’hui, dépense ses maigres revenus dans la marmite familiale. Travaillant donc essentiellement pour le ventre. De plus, les factures d’eau et d’électricité sont exorbitantes. Sans compter la qualité de service qui n’est guère garantie. On paie au prix cher tout en étant dans l’attente de trouver de l’eau des journées durant, et ce, sans préavis le plus souvent. Les délestages restent intempestifs. Malgré toutes ces dépenses onéreuses, l’accès à la propriété c’est la croix et la bannière dans notre pays.

Beaucoup de ménages vivent sous location et peinent à honorer les loyers des fins de mois déjà difficiles. C’est devenu un stress permanent que d’honorer toutes ses dépenses hors de portée.

Les familles de plus en plus démunies n’ont plus de cadre favorable pour élever correctement leur progéniture. Les agressions en plein jour observées ces derniers temps témoignent du degré d’insécurité qui gangrène notre société.

…si jamais l’hémorragie suscitée par ces prix venait à s’exprimer dans les rues…

Des vidéos montrant des jeunes arrachant des sacs à des femmes, en plein jour, font froid dans le dos. Sans compter les cambriolages et autres vols dans les domiciles de plus en plus nombreux. Les viols continuent et les coupables toujours en fuite, et qui poursuivent leurs séries funestes d’agression en tous genres. La psychose est permanente au sein des familles qui rechignent même à envoyer leurs enfants à la boutique. Car, elles ont peur de ne plus les revoir pour un aller sans retour.

La grogne ne cesse de monter chez les ménages qui ne comprennent toujours pas ces montées folles et illimitées des prix, sans qu’il y ait une réaction urgente des autorités pour soulager leur peine. Ils ont beau crié mais leur écho ne trouve aucune réponse. Ils ne sont pas entendus. On se bouche les oreilles pour ne pas les entendre. «Votre faim, on n’en a cure». C’est ce qui semble être la seule réponse à l’indifférence du silence des gouvernants. Une situation sociale de plus en plus délétère et en surtension. Une cocotte-minute prête à sauter !

Quelles solutions ?

Les pistes de solutions sont nombreuses. Il faudrait de toute urgence, rendre notre port plus compétitif pour que les produits qui y arrivent ne soient pas taxés au prix fort induisant une augmentation systématique des prix. C’est dans ce cadre qu’il faudrait diminuer les taxes sur les produits importés de première nécessité.

Cela pourrait permettre de réduire les coûts tout en soulageant les ménages les plus vulnérables de la faim. Combien de bateaux aujourd’hui remplis de marchandises, séjournent dans notre port et peinent à décharger leurs produits, pour des raisons liées à des lenteurs administratives et fiscales, et qui finissent par accoster dans d’autre ports de la sous-région, là où la fiscalité est plus clémente et les tracasseries administratives moins contraignantes ?

L’État providence doit-être de toute urgence acté pour être au service des populations à travers des mesures fortes pouvant permettre un meilleur cadre économique et social.

Quitte à creuser le déficit, il faut trouver les moyens de soulager les ménages.

L’État doit répertorier toutes les boutiques existantes et les soumettre à une législation rigoureuse qu’ils se doivent de respecter en toute transparence. Une police de contrôle des prix plus efficiente doit-être mise en place pour fixer des amendes aux plus récalcitrants qui sortiraient du cadre légal fixé par les juridictions compétentes. Il faut sortir de l’informel qui rend les prix volatils et hors de contrôle au grand dam des consommateurs désabusés.

Renforcer la culture maraîchère pour une autosuffisance alimentaire

La revalorisation du Smic doit pouvoir se faire tout en veillant à ce que le consommateur puisse avoir du pouvoir d’achat. Il ne servirait à rien de revaloriser le Smic pour maintenir l’inflation.

La valorisation de la production locale à travers le renforcement de la culture maraîchère en vue d’arriver à l’autosuffisance alimentaire est à mettre en place. Il n’est pas normal, alors que nous disposons des terres fertiles et de l’eau à suffisance sur tout le long de la vallée, que nous continuons d’être approvisionnés en fruits et légumes par les pays limitrophes. Sans compter, notre dépendance aux autres produits de première nécessité, tel que le riz, qui nous vient essentiellement de l’extérieur. Malgré, quelques efforts de production au niveau local, nous sommes encore loin d’être autosuffisant en riz.

C’est en ce sens que toute notre politique agricole doit être repensée et mise à jour pour cesser toute dépendance vis-à-vis de l’extérieur, tout en respectant les droits des citoyens propriétaires terriens, à travers une préférence nationale faite d’équité. Nous devons impérativement produire au maximum ce que nous consommons. C’est aussi un   moyen d’être compétitif par rapport aux produits qui arrivent sur notre sol.

 On ne gouverne pas qu’avec des CVs bien fournis

En clair, l’avènement du nouveau Terminal au Port Autonome de Nouakchott devrait induire un changement de pratique et plus de rigueur dans la gestion permettre, si toutes les ressources humaines de qualité sont mises à contribution, de rendre notre port plus compétitif.

Les hommes politiques, du pouvoir comme de l’opposition, se doivent d’être des relais pour parler au nom de tous ces ménages pauvres qui sont dans la survie et le qui-vive. Ils ne doivent plus attendre les prochaines élections, ni être dans la surenchère électorale pour s’indigner de ce qui se passe. Ils doivent sortir de leur mutisme, le peuple observe et serre pour le moment la ceinture et les dents. Mais pour combien de temps? Le compte à rebours peut déjà commencer ! Ils doivent proposer des solutions simples et adaptées à la situation du moment.

On ne gouverne pas qu’avec des CVs bien fournis mais par des actes forts et concrets. Le peuple a faim et demande du pain et de l’eau. Ce n’est pas trop demandé tout de même !

Les différents ministères concernés par ce dossier doivent réagir et vite. Il n’y a plus de temps à perdre. Le temps joue contre tous. La faim n’attend point. L’hémorragie est en cours. Il faut à tout prix éviter les éventuelles frustrations qui pourraient naître entre les ménages et les commerçants. Elles ne seraient dans l’intérêt de personne.

L’État doit trouver les moyens d’anticiper les éventuels conflits. Gouverner c’est aussi prévoir : règle élémentaire de la bonne gouvernance. Car quand le peuple a faim, plus rien ne le retient. L’on ne peut plus retenir la marée humaine par de petits bras qui servent de digue.

L’histoire des grandes révolutions, des siècles passés, a montré que la plus grande des crises commence toujours par la faim. Une faim qui sonne la fin des régimes quelle que soit, par ailleurs, leur grandeur d’antan. Tout s’écroule devant la colère du peuple sous emprise de la famine comme un château de sable !

DOUDOU

doudou156@yahoo.com

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