Campagne SR/PF, Interview avec Cira Diara, sage femme à Sebkha

Cira Diara plaçant un implant contraceptif pour une patiente, au Centre de Santé de Sebkha

En Mauritanie, la campagne de sensibilisation sur la santé de la reproduction et la planification familiale se poursuit depuis quelques semaines dans toute l’étendue du pays avec l’UNFPA en collaboration avec la société civile, le Gouvernement et le Ministère de la santé.

L’objectif est d’encourager les options de planification familiale et de réduire la mortalité maternelle, qui est, un des défis sanitaires majeurs auquel la Mauritanie est consacré et de veiller à ce que l’espacement des naissances soit une priorité et une porteuse mis en œuvre, par le Gouvernement et le Ministère de la santé avec le soutien de l’UNFPA.

C’est dans ce cadre que nous avons rencontré Madame CIRA DIARA professionnelle de la santé, sage-femme au centre de santé de Sebkha.

 Initiatives news : Madame CIRA DIARA, comment se passe une première consultation avant de prendre une méthode contraceptive ?

 CIRA DIARA : Cela dépend de ce que veulent les femmes qui viennent nous consulter.  A celles qui viennent pour la première fois et ne connaissent pas les méthodes on offre la possibilité de choisir une des méthodes tout en leur expliquant les effets secondaires et les avantages.  D’autres viennent avec un choix bien précis. Mais on les soumet à un examen général pour voir si cette méthode est compatible avec leur organe. Sinon, on leur propose l’une des méthodes disponibles tout en prêtant attention à leur état de sa santé, leur tension artérielle, histoire également de vérifier si elles présentent des problèmes de diabète ou d’une autre maladie. Une fois que la femme est soumise à un examen médical complet, on peut lui proposer une méthode contraceptive adaptée.

 Initiatives news : Est-ce qu’il y a des risques qu’une femme utilise une des méthodes de contraceptive juste au début de son mariage ?

 CIRA DIARA : Non. Il n’y a aucun problème même si certains pensent, qu’il y a des risques de stérilité.  Il n’y a pas de risque de stérilité. Il y a peut-être les injectables qui peuvent souvent créer des retards de fertilité. Or cela est programmé. Une femme peut bien recourir à une méthode contraceptive sans aucun effet secondaire ; que ce soit au début du mariage ou après avoir eu son premier enfant.

Des femmes sont venues nous voir pour faire une planification parce qu’elles ont des études universitaires à faire et qu’elles venaient de se marier et  ne veulent pas avoir d’enfant avant la fin de leur cursus. Et dès qu’elles seront prêtes elles peuvent l’enlever en toute sécurité.

Initiatives news : Nous avons le témoignage d’une femme qui dit avoir rencontré quelques problèmes lorsqu’elle a utilisé les méthodes contraceptives. Elle a 34 ans et à trois enfants.  Elle dit avoir utilisé sans succès presque toutes les méthodes contraceptives : injection, comprimés sur ordonnance de son gynécologue. Elle a déclaré avoir eu des complications surtout avec les injections ayant causé des saignements durant des mois et perturbé tout son  cycle en provoquant des douleurs très intenses de son  ventre et  de tout son corps. Alors qu’avez-vous à dire à cette femme si désespérée ?

CIRA DIARA : Effectivement il y a des méthodes contraceptives qui peuvent entrainer des troubles de règles. Ce n’est pas fréquent. Ces troubles on les signale dès le début quand les femmes viennent pour prendre une des méthodes de contraceptive. On explique aux patientes tout qu’il y’a à savoir. Ce sont des situations qui peuvent venir en utilisant les produits, comme avoir des saignements ou d’autres mais on prend quand même le temps de leur expliquer et de les prendre en charge jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre à chaque fois qu’elles reviennent nous voir.

Initiatives news : Qu’en est-il du préservatif ? Reste-il encore une méthode contraceptive très sure et très pratique ?

CIRA DIARA : Oui le préservatif, masculin ou féminin, est une méthode contraceptive pratique. Ils sont disponibles dans les pharmacies mais nous, nous sommes dans un pays musulman et nous avons des conditions pour donner ces méthodes contraceptives aux couples mariés qui se sont présentés dans la structure. Ceci selon les instructions du programme national de la santé de la reproduction. Une fois que la personne se présente, il n’y a pas de raisons qu’on lui refuse sa méthode une fois qu’elle remplit toute les conditions que ce soit homme ou femme on n’a pas à les jugés.

Initiatives news : En parlant de couple marié, est ce qu’une fille non marié est venue une fois demander une méthode de contraceptive ?

 CIRA DIARA : Je ne sais pas réellement. Peut-être qu’elles viennent avec une fausse identité, comme nous ne pouvons pas exiger l’état civil parce que cela pose beaucoup de problème en Mauritanie, on ne peut dire forcément à une femme d’amener un certificat de mariage.  Celles qui le font viennent en disant qu’elles sont mariées. Ou alors elles ciblent d’autres professionnelles de santé.

 Initiatives news : Vous êtes en pleine campagne de sensibilisation sur la santé de la reproduction et la planification familiale, comment pensez-vous rendre les méthodes plus accessibles à tous ? 

CIRA DIARA : On a quelques bureaux au niveau du centre de Sebkha pour faire la planification pour les demandeurs. Toutes les méthodes sont disponibles selon le choix de la personne qui en demande avec bien sur des consultations, des analyses pour voir si votre choix est compatible ou pas dans l’organe du demandeur.

 Initiatives news : Est-ce que vous convoquez souvent les maris qui restent encore très susceptibles sur cette question pour les mettre au parfum de l’importance de l’espacement des naissances ?

CIRA DIARA : Pour certaines femmes qui ont des problèmes de santé majeur avec des situations vraiment très difficiles et précaires et qui ont souvent plus de 8 enfants, quand on leur demande pourquoi vous ne faites pas le planning familial pour vous  reposer et prendre un peu de force, elles répondent que c’est le  mari qui n’est pas d’accord. Dans ces cas-là on fait appel au mari.   La femme même vient souvent avec l’idée que la planification familiale est « harame » c’est-à-dire interdite par la religion musulmane.  Là on leur explique le point de vue du coran qui encourage les femmes à allaiter leurs bébés pendant 2 ans. En plus on les sensibilise sur l’espacement des naissances comme moyen de préserver la santé de la mère et de l’enfant.

Mais il y a une situation qui a beaucoup régressée en Mauritanie : l’école des maris, qui a débuté en Mauritanie et cette expérience est aujourd’hui copiée ailleurs dans les autres pays qui sont plus développés en matière de santé alors que la Mauritanie a abandonné cette belle chose. Il s’agissait de convoquer les maris pour leur  bien leur expliqués par des séances d’éducation sur la santé de la reproduction et la planification familiale.

interview conduite par Amy Fofana 

 

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